Taichi, Trouver l'équilibre entre les forces Yin et Yang

Depuis que j’enseigne les arts martiaux, il y a maintenant 10 ans, j’ai pu observer, comme probablement beaucoup d’enseignants, que la plupart des pratiquants masculins sont souvent tendus musculairement et ont tendance à trop se crisper quand ils effectuent un mouvement tandis que les pratiquantes féminines, qui ont généralement plus de souplesse, manque souvent de force ou ont du mal à l’utiliser.

 

Il ne semble pas nécessaire de relever ces différences physiologiques par des études scientifiques poussées. Certaines différences de genre sont flagrantes, naturelles et voire même universelles. Sur ce sujet, il est intéressant de faire le lien avec la pensée chinoise qui met en exergue la différence et complémentarité de l’aspect Yin et Yang de toutes choses.

 

Pour la pratique du Taichi, on parle de dureté et de douceur pour décrire les aspects Yin Yang dans le développement du corps humain. Ces deux aspects sont facilement observables chez le nouveau-né qui fait preuve à la fois d’une grande élasticité ostéoarticulaire et d’un fort tonus musculaire. Puis le corps en grandissant deviendra soit plus masculin, soit plus féminin, marquant ainsi le genre. Durant cette période de croissance, l’éducation parentale ainsi que les activités physiques, artistiques, intellectuelles vont également faire évoluer la tendance Yin ou Yang chez l’individu.

 

Beaucoup de garçons commencent le sport par le foot et le karaté. Pour ma part, après 3 ans de karaté et suite à la découverte des films de Bruce Lee, j’ai commencé l’apprentissage du kung fu. Cet art pour lequel je suis passionné m’a mené à vivre en Chine durant 4 ans. J’ai eu la chance de pouvoir pratiquer dans des écoles où s’entraînaient des équipes professionnelles de Sanda (boxe de combat) et Taolu (boxe de démonstration). Ce qui m’a le plus frappé en découvrant ces athlètes de haut niveau est qu’ils sont tous très souples, détendus et que beaucoup de force se dégage de leurs gestes.

 

A cette époque où j’avais un volume d’heure d’entraînement hebdomadaire assez conséquent, je croyais que l’on pouvait atteindre ce type de qualité physique uniquement en s’entraînant beaucoup, avec la répétition et la fatigue du corps. C’est une approche assez brutale de développement du physique et cela ne peut nous correspondre que jusqu’à un certain âge.

 

Je ne pense qu’après de longues années à pratiquer tel ou tel art martial, nous sommes bon nombre de pratiquants et enseignants à nous tourner vers des styles plus internes comme le Taichi. Interne car ce type d’art vise davantage à se concentrer sur les sensations du corps lors de la réalisation d’un mouvement, plutôt que de répéter des gestes jusqu’à ce qu’ils deviennent des réflexes.

 

Il y a une étape dans une carrière sportive où il semble biologiquement naturel de se tourner vers une pratique qui se focalise plus sur le bien-être et le développement personnel et qui s’éloigne de la performance purement sportive. Et contrairement à certaines idées reçues, la progression de l’art martial n’en est que renforcée. A un âge où les capacités physiques déclinent, il semble indispensable de développer une autre approche de perfectionnement.

 

La pratique du Taichi vise à trouver un meilleur équilibre entre dureté et douceur, développant le passage de l’un à l’autre sans difficulté. On apprend grâce aux exercices de relâchement (song gong) et à la forme (taolu) d’une part à se tenir droit en étirant la colonne pour créer plus d’espace inter vertébrale et d’autre part à relâcher sa masse en décontractant les insertions entre les membres du corps et le tronc. Le but étant d'optimiser le fonctionnement de la structure corporelle (os, ligament, tendons, muscles) pour le bien être et le combat.

 

La difficulté en Taichi est de sentir l’interaction et non l’opposition les deux forces Yin et Yang.

Gang Rou Gong Ji est un proverbe chinois se traduisant par : Unir la force à la douceur.

 

L’étirement et le relâchement dans la lenteur ainsi que la coordination complexe des mouvements du Taichi accentuent les afflux sanguins dans tout le corps. C’est notamment aux effets réparateurs d’une bonne vascularisation sanguine que la pratique du Taichi doit ses qualités de bien-être.

 

Pour le combat (Tuishou dans ses différents versions) cela permet, entre autres, d’être plus détendu, plus stable et de générer un peu plus de force et d’explosivité musculaire. Les exercices de poussée de mains du Taichi, en plus de développer les aptitudes au combat, permettent de corriger les défauts de la structure du corps.

 

Par ailleurs, l’équilibre entre les forces Yin Yang recherché dans la pratique du Taichi crée un lien entre le corps et l’esprit. C’est l’intention qui crée ce lien. Elle est indispensable pour se recentrer en permanence sur les sensations dans le corps. Cet aspect de l’apprentissage du Taichi est un réel défi de concentration car le mentale est souvent perturbateur.  En cela, la pratique du Taichi même si elle passe par le mouvement, s’apparente à une forme de méditation.

 

La recherche de cet équilibre nous permet de nous recentrer sur nous-même, d’accepter le ressenti de nos émotions et de les laisser passer plutôt que de les refouler ou de rester figer dedans. L’acceptation des émotions les rend passagères, nous sommes ainsi plus aptes à gérer le stress du quotidien.

Trouver la quiétude est selon moi, la quête fondamentale du pratiquant d’arts martiaux.

 

Bonne pratique à tous!

 

 

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